Après différents billets sur l'emploi et l'intelligence économique écrits ici et là sur ce blog et une étude régulière sur l'emploi et l'intelligence économique réalisée tous les ans (dont, d'ailleurs, les résultats de la dernière sortiront le 1er décembre avec un peu de retard pour lequel je prie les futurs lecteurs de bien vouloir m'excuser !), je voudrais évoquer aujourd'hui l'intelligence économique et le non-emploi. L'émission Envoyé spécial de jeudi dernier sur France 2 évoquait le chômage chez les jeunes en prenant pour exemple des jeunes diplômés d'un Master 2 de l’Université de Lyon 3 en intelligence économique. Le journaliste relate que sur les 19 diplômés de la promotion 2008-2009, seuls 3 ont trouvé un travail en relation avec leur qualification si l'on retire les emplois "alimentaires" car sans rapport avec leur formation (serveur, vendeur, employé d'hôtel, etc.).
Tout d'abord je m'étonne dans ce reportage du choix de la formation, je ne la trouve pas dans le classement 2010 des formations en Intelligence Economique. Ainsi plus que la discipline enseignée, c'est peut être la formation qu'il faut remettre en cause. Pour ma part, j'interviens dans 3 formations de ce classement (toutes 3 dans les 5 premières : l'EGE, le SKEMA et l'ICOMTEC) et ne ressens pas le malaise décrit. Certes la crise se fait ressentir comme, je crois, dans tous les secteurs, mais si j'en juge à notre activité depuis les 15 derniers mois et à ce que j'entends de mes concurrents, le marché de la veille et de l'intelligence économique est moins touché par la crise que d'autres secteurs.
Le problème de cette discipline est de savoir s'il s'agit d'une spécialité ou d'un formation initiale. J'ai toujours fait partie de ceux qui pensaient qu'il était préférable de sensibiliser tous les étudiants (universités, école de commerce ou d'ingénieurs, etc.) à l'intelligence économique par un module de quelques jours. J'ai même soufflé à plusieurs reprises aux différentes instances étatiques en charge de l'intelligence économique de rédiger, non pas un référentiel de formation initiale à l'IE, mais un référentiel de sensibilisation à l'intelligence économique pour les universités et écoles de toutes disciplines.
Alors qu'en est il des étudiants en IE ?
Tout d'abord, je pense qu'il y a trop de formations dans ce domaine. Le portail de l'IE en recense une trentaine. Elles répondent à un phénomène de mode des écoles et universités qui souhaitent être présents dans ce domaine mais ne se donnent pas les moyens de dispenser une formation à la hauteur et fournissent un grand nombre de stagiaires aux entreprises qui ne convertissent pas ces stages en emplois. Je faisais déjà il y a 5 ans le calcul suivant : 800 élèves formés en IE par an pour une centaine de postes à pourvoir. Le constat, coté demande, n'a pas changé depuis 5 ans : la plupart des jeunes diplômés en IE ne travaillent pas dans ce domaine. Il convient donc à mon sens de s’orienter vers des doubles compétences : l’IE, plus une problématique métier. Du coté de l'offre, le marché a lui évolué dans le bon sens : Il existe de plus en plus d'offres d'emploi dans les métiers de l'information au sens large (collecte, veille, analyse, diffusion, influence, etc.) ; de plus en plus de secteurs intègrent des prestations de veille (documentation, communication, presse, influence, internet, etc.) ; de nombreuses offres d'emploi demandent aujourd'hui aux candidats de "faire de la veille". Les étudiants qui veulent s'orienter vers les métiers de l'intelligence économique doivent donc bien choisir leur formation (CF classement SMBG).
Dans le reportage cité précédemment, une "spécialiste de l'emploi des jeunes" précise qu'il est "étonnant qu'un jeune homme de cette formation ne trouve pas un emploi à 27 ans avec un tel bagage". "Il est évident que si Guillaume et Juliette avaient un réseau plus fort, un réseau social j'étends, plus fort du fait de leur origine sociale, du fait de l'appartenance sociale de leurs parents, il est évident que Juliette et Guillaume trouveraient beaucoup plus facilement du travail. (sic)" Je trouve assez affligent qu'une professionnelle des ressources humaines puissent tenir ce genre de propos : En clair quel que soit le niveau d'étude, les seuls atouts pour trouver du travail sont le réseau des parents, le "copinage" et "piston" ... En l'occurrence les études d'intelligence économique (dignes de ce nom) sont censées apprendre aux étudiants la gestion d'un réseau pour collecter ou diffuser de l'information mais aussi pour gérer sa carrière. Que font donc ces étudiants du réseau de leurs professeurs, des intervenants, de leurs maitres de stages, des contacts qu'ils peuvent avoir dans les entreprises où ils réalisent des études, des missions, etc. ? Si un bac +5 ne propose pas à ses étudiants de contacts dans les entreprises, il est à remettre en cause quelle que soit la nature de la formation.
Enfin, quant à ceux qui, dans le petite monde de l'IE, profitent de ce genre de reportages pour fustiger les métiers de l'intelligence économique jusqu'à traiter le milieu de secte et les professionnels de gourous, merci à eux ! Ils participent au nettoyage dont ce secteur, encore jeune, a besoin, en se tirant une balle dans le pied. J'avoue avoir du mal à comprendre ce genre de comportements suicidaires ...
Finalement ce reportage est assez lucide, mais se trompe de cible : En cas de crise, le monde du travail ressemble à la jungle, les meilleurs s'en sortent, les moins bons payent. Pour faire partie des meilleurs, il faut bien choisir sa voie mais surtout sa formation.
Bienvenue dans la vraie vie !
François JEANNE-BEYLOT
Je mesurerais quelque peu ce propos. Étant proche de l'ege ce n est pas tout rose non plus. Diplôme de cette école depuis quelque temps déjà et toujours un vrai parcours du combattant pour trouver un emploi. Trop peu d' offres comparativement aux effectifs qui sortent chaque année des promos. Concernant le réseau relationnel c un non-sens on ne baigne dans le monde de l'ie Grace a son cercle familial ou son réseau d'amis. C un tout petit milieu qui a éclos il y a quelques années. Les profils recherches nécessitent plus qu'un Master en ie. Il faut soit avoir fait une big five des business school pour incorporer les bons postes ou bien le celsa ou encore être militaire. Autre pb de taille: le salaire. 25k€ pour un junior, 35 pour un senior.a part quelques exceptions. Une misère quand on vit sur Paris! Alors que dans ce métier on évoque des enjeux majeurs internationaux. Par contre ça fourmille d' offre de stages! On profite bien des jeunes et des moins jeunes a moindre coût! Conclusion: marche immature! Et ne me parlez pas de community management! Ce n est pas de l'ie! Un simple geek peut s accomoder d une telle tache. La veille : elle est dévalue car les rh pensent que n importe qui peut en faire. La stratégie est confie aux possesseurs de diplômes des big five. Concernant le lobbying il faut d' un joli carnet d' adresses pour en faire. Voilà ma vision des choses.
Rédigé par : Jacques | 20 novembre 2010 à 09:23
Je partage le point de vue sur la complémentarité IE et métier. Les techniques de veille sont utiles dans la vie professionnelle.
Rédigé par : isabelle Kyberd (EGE promo XII) | 20 novembre 2010 à 18:12
Je partage effectivement les propos de Jacques et parlerai pour ma part d'immaturité des enseignements et/ou des écoles qui sont encore tiraillées par le copinage et l'amateurisme (en effet, les grandes théories de la plupart des professeurs ne sont jamais traduites dans les faits hormis pour deux ou trois personnes qui ont le don de plaire à la direction de l'école).
Il est grand temps que les formations en ie arrêtent de vendre du vent (y compris des diplômes non reconnus par l'éducation nationale) et soient les premières à mettre en application leurs cours.
Rédigé par : Arthur | 21 novembre 2010 à 18:46
Mais une petite minute je remarque qu'elles sont toutes payantes et pas qu'un peu de 5000 à 15000€ l'année...
Gloups alors, 15000€ pour une formation !
Comme par hasard en plus de celui qui était à la Défense et que Hirsch a recruté tous deux venaient de la Fac...
Modérez vos propos et arrêtez de remettre en cause le choix de la formation, certains aimeraient peut etre faire l'EGE mais n'ont pas l'argent de Papa Maman pour le faire, dans ce cas on se tourne vers la Fac et on prend le risque!
Rédigé par : Olomateri | 21 novembre 2010 à 20:42
Merci de vos commentaires
Quelques réactions :
- je n'angèlise pas le monde de l'IE ; j'ai d'ailleurs été un des premiers à écrire sur l'emploi et l'IE, montrant du doigts les difficultés des étudiants à trouver du travail (http://fjb.blogs.com/weblog/2005/11/emploi_et_ie_1.html#tp)
- je constate toutefois que la situation s'améliore aux vues des offres d'emploi proposées en plus grand nombre et de l'augmentation des salaires de ces métiers (étude à venir)
- je ne fais pas ici un plaidoyer pour l'EGE ; je dis simplement que le choix de la formation est aussi important que celui de la discipline ; Je reproche au reportage incriminé de ne pas distinguer les deux et de tout mettre sur le dos du choix de l'IE
- Quant au prix de la formation ; bien sur cela rentre en compte dans le choix. Toutefois si je reprends le classement SMBG, voici les tarfs indiqués : EGE : 15000 €, Skema : 12000 €, EISTI : 8000 € ; Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne 440 € ; ICOMTEC : 480 € ... Oui les facs sont moins chères, mais si elles sont toutes au même prix, certaines sont meilleures que d'autres
FJB
Rédigé par : troover | 22 novembre 2010 à 09:51
Ce que je retrouve dans ce billet et exactement la même chose que vous reprochez à ce reportage ... se tromper de cible.
Il ne faut pas s'en prendre aux formations. Je pense très sincèrement que l'IE est un domaine si protéiforme, qu'il me parait normal et même encourageant, qu'il existe une multitude de formations spécifiques et complémentaires. On en forme pas des personnes à la veille marketing comme on forme des personnes au Lobbying ou à l'Analyse sécuritaire en risque pays.
Le problème viens bien souvent de l'inéquation des souhaits des étudiants avec leur formation. Si vous souhaitez faire de l'IE purement orienté "Eco" ne partez pas en Master de Science Politique ... Soyez logique avec vous même.
La formation de Lyon III, mise en place à l'initiative de l'IHEDN et du Minisète de la Défense, est une formation quasi-unique en France. Il s'agit avant tout d'un Master en SECURITE INTERNATIONALE et DEFENSE, spécialisé en "Intelligence économique et stratégique".
Les profils recherchés sont donc des étudiants POLITISTES et non des ingénieurs ou des spécialistes du marketing. Je mets au défi un étudiant formé en école d'ingénieur ou en école de commerce, de produire une cartographie sur le terrorisme en Afrique du Nord, ou le crime organisé en Asie du Sud-Est ... Et c'est justement là le but de mon propos. N'ont pas qu'il y ait de mauvaises formations, chacune présentent leur spécificités et leur objectifs ...
Les formations sont complémentaires et non seulement concurrentes.
PS: je ne rentrerai pas dans le débat sur la véracité de ce reportage (présentant des chiffres inexactes) où l'information est manipulé pour servir les propos du "journaliste" ... Les formations en IE (dont celle de Lyon III) apprennent l'analyse critique de l'information, donc pensez-y quand vous visionnez ce type de reportage "grand public" ;)
HCB
Rédigé par : HCB | 22 novembre 2010 à 12:07
Merci de votre commentaire
Nous sommes en effet d'accord : "Les étudiants qui veulent s'orienter vers les métiers de l'intelligence économique doivent donc bien choisir leur formation"
Je ne reproche rien à cette formation de Lyon III (dont vous semblez proche !), si ce n'est qu'elle ne me semble pas appropriée à illustrer le dit reportage ; encore une fois nous sommes d'accord !
Enfin, si vous avez des chiffres que ce reportage ne donne pas, n'hesitez pas à les publier ici ... je crois comprendre que nous servons la même cause : l'intelligence économique !
FJB
Rédigé par : troover | 22 novembre 2010 à 12:21
Je vous remercie de vos commentaires et vous rejoins totalement sur vos propos. Ce qui me semble nécessaire est de bien informé les étudiants sur les réalités de l'IE.
Bonne lecture critique, je suis comme vous l'aurez devinez un "jeune-ancien" de cette formation. Pour ma part, j'ai obtenu un poste de cadre à forte responsabilité dans un service prestigieux de l'administration française avant même d'avoir été diplômé, et ce grâce à ma formation, et je ne suis pas le seul. C'est pourquoi j'ai pris ma plume (ou plutôt mon clavier) pour enrichir la discussion.
MEF !! comme disent les militaires, ne généralisons pas.
Ce type de reportage ne proviens que d'un manque d'information sur le sujet ... comme dans bien des domaines le salut est dans la connaissance.
HCB
Rédigé par : HCB | 22 novembre 2010 à 12:43