En déplacement à Dakar, pour une intervention à l'école Panafricaine d'intelligence économique et de stratégie (EPIES), un cursus du Centre d'études diplomatiques et stratégiques de Dakar (CEDS), je voudrais revenir aujourd'hui sur la perte d'influence de la France au Sénégal et sur les pays qui profitent de ce recul de l'Hexagone.
Il n'y a pas, au Sénégal, de sentiment anti-français comme dans d'autres pays d'Afrique. Au contraire, c'est un pays francophile où le "Sénégaulois" est très bien accueilli. Mais sur de nombreux points la France perd l'influence qu'elle pouvait avoir dans le pays.
Un exemple parmi d'autre est la coopération militaire : Le 23e Bataillon d'Infanterie de Marine qui appartient aux forces françaises du Cap-Vert (FFCV) est positionné à Dakar. Ces missions sont, entre autres, la protection des installation des Forces Françaises du Cap-Vert, l'accueil et l'hébergement des ressortissants Français implantés au Sénégal et leur évacuation le cas échéant, la participation à la mise en condition opérationnelle des Forces Armées Sénégalaises (FAS) avec la possibilité d'être en mesure de s'engager à leurs cotés en cas de menaces extérieures, la participation éventuelle au soutien des opérations Françaises en Afrique ou des interventions extérieures. Depuis avril 2010 les 1.200 hommes des Forces Françaises du Cap-Vert ont quitté Dakar et en juin prochain, il ne restera plus qu'une centaine de militaire français au Sénégal. L'annonce avait été faite à l'époque
A qui profite cette perte d'influence française ?
Un élément de réponse m'est donné en me promenant aux abords de mon hôtel à Dakar, où je suis surpris par une énorme chantier, sur la pointe des Almadies, non loin de l'ancien Club Med, en face de l'Hôtel Méridien Président. Ce chantier est différent de ceux qu l'on peut trouver à Dakar ; Par le nombres des ouvriers présents, plusieurs centaines et par le fait qu'il est fermé par deux séries de clôtures électriques et surveillé par de nombreuses caméras. Ma curiosité fut vite satisfaite par un passant : "c'est la nouvelle ambassade des Etats Unis". Renseignement pris, ces nouveaux locaux de l’ambassade sont construits par la compagnie américaine B.L. Harbert International of Birmingham (Alabama). Selon le site de l'ambassade, "Ils offriront aux quelques 525 employés de l’Ambassade un espace plus sécurisé, plus sûr et plus fonctionnel. Ils comporteront entre autres un bâtiment pour la chancellerie, trois portes d’entrées sécurisées, un parking pour les véhicules, un garage pour la maintenance, et un bureau du courrier." La fin des travaux est prévue pour le printemps de 2013. Je parie fort que la Rue des Almadies que la plupart des Sénégalais appellent la Route du Méridien (même sur les panneaux et cartes des restaurants et hôtels) deviennent désormais la Route de l'Ambassade des Etats-Unis ...
On également lire sur le site : "La construction des nouveaux locaux de l’Ambassade durant le cinquantenaire de l’indépendance du Sénégal reflète l’importance des relations bilatérales entre les deux pays. Les États-Unis et le Sénégal entretiennent des relations de partenariat solides basées sur le respect mutuel et des valeurs communes, comme le respect des droits humains, des lois, de la justice politique et sociale et de la transparence" ... tout un programme ! Mais l'emplacement n'a pas été choisi au hazard ; à moins de cinquante mètres de la mer, il a, je pense, plus été motivé par son accès au Golfe de Guinée que par la proximité du golf de l'hôtel Méridien ! La Pointe des Almadies représente en effet le point le plus à l'ouest de l'Afrique, de là on peut contrôler tout le traffic maritime et le Golfe de Guinée ... Selon les commerçants du marché artisanal de la pointe, un tunnel aurait été creusé de la nouvelle ambassade jusqu'à la mer.
L'influence américaine ne cesse en effet de progresser en Afrique en général et au Sénégal en particulier. Certain vont même jusqu'à insinuer que les émeutes anti-françaises dans certains pays sont fomentés par les américains pour déstabiliser l'Hexagone et profiter de sa perte de terrain.
Autre exemple de l'influence américaine croissante : la coopération militaire USA/Sénégal. 6 gardes-côtes américains vont devenir instructeurs du cours de formation des personnels militaires chargés de l’arraisonnement des navires. Ils vont ainsi dispenser cette formation dans le cadre de l’Initiative Africa Partnership Station (APS) à leurs collègues de la Marine du Sénégal, de Gambie, de Sierra Léone, du Cap-Vert, du Cameroun, du Gabon et du Nigeria. En outre, dix-huit autres engagés ont suivi le Cours de base des personnels militaires chargés de l’arraisonnement. Ils rejoignent ainsi un groupe choisi de marins qui se sont portés volontaires pour cette mission critique consistant à établir un premier contact avec les navires suspects qui sont entrés dans les eaux territoriales.
Enfin, en début de semaine, l'ambassadrice des Etats-Unis à Dakar a inauguré le stand de tir électronique de la police nationale sénégalaise. Premier du genre en Afrique, il a été offert au Sénégal par le Programme d’Assistance terroriste américain (ATA). Son fonctionnement et sa gestion sont pris en charge par dix instructeurs formés par les Etats-Unis. Ce centre souhaite accueillir à terme des stagiaires venant de toute l’Afrique.
François JEANNE-BEYLOT
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